En dépit de ses dénégations, Cesare Musatti était connu comme le « père de la psychanalyse italienne ». Il eût préféré en être tenu pour le « frère jumeau » (comme le suggère son livre Mia sorella gemella la psicoanalisi, Rome, 1982), en en laissant la paternité prestigieuse au Triestin Edoardo Weiss. Son rapport à la psychanalyse se fondait sur une coïncidence extraordinaire : le jour même où il naissait à Dolo – le 20 septembre 1897 –, Freud serait passé en train devant sa maison pour se rendre de Padoue à Vienne, d'où, le lendemain, il expédiait à Fliess la lettre fameuse où il disait : « Je ne crois plus à mes neurotica. » C'est à cette lettre que l'on fait remonter l'inauguration de la psychanalyse et la reconnaissance de la spécificité de son objet – la réalité psychique, en grande partie indépendante de la réalité factuelle et dotée d'un statut de vérité qui lui est propre.
À l'intérêt que Musatti portait à cet épisode, on peut déjà comprendre son style intellectuel, centré sur la dimension autobiographique et marqué par le goût du paradoxe, l'ironie, une aptitude à désacraliser. Ces traits, pourtant, s'accompagnaient d'un puissant engagement éthiq […]
