3. « Trilce »
L'expérience vitale que retrace Trilce provoque une métamorphose du langage poétique. À travers le chaos, l'absurde, le délire du verbe porté à sa plus extrême tension, le poète s'acharne à délivrer son message d'angoisse et de désespoir, sa hantise du temps et de la mort, son vertige de solitude et d'abandon, son idéal de réconciliation. Ce livre de l'exil intérieur, en partie écrit en prison, donne de l'existence humaine la représentation d'un monde clos, brisé, menaçant. L'incohérence apparente du style et du vocabulaire, où fulgurent d'admirables images, dénonce en cris inoubliables l'absurde, l'absence, la solitude, qui sont, selon Vallejo, les marques du destin de l'homme dont l'acte poétique s'efforce de faire éclater la fatalité :
Murmuré d'inquiétude, je traverse le long vêtement de tellement sentir, les lundis[de la vérité.Nul ne me cherche ni ne me reconnaît,et moi-même, j'ai oublié qui je suis.
Comme l'a écrit José Bergamín, Trilce exprime le tourment d'une âme « durement tordue par une souffrance animale qui se dénoue en un cri joyeux ou douloureux, presque sauvage ».
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