5. L'épanouissement
En 1886, Franck revient au poème symphonique avec Psyché, dont Sicart et Louis de Fourcaud lui ont réécrit l'argument : six courtes pages qui forment l'une de ses œuvres les plus parfaites et dont se dégage une atmosphère sensuelle. Tout en achevant Psyché, il commence son ultime œuvre orchestrale, la Symphonie en ré mineur. Aucun argument, seule la musique pure. La concurrence de ses contemporains (Lalo, Saint-Saëns et d'Indy venaient d'écrire leurs symphonies ou y travaillaient) semble l'avoir incité à composer cette symphonie, mais celle-ci est aussi l'aboutissement logique d'une évolution qui devait le mener à se passer d'argument. La musique à programme lui avait permis de se livrer totalement. Avec le Quintette, il s'était montré aussi libre que dans Psyché ; la Sonate pour violon et piano, la Symphonie et le Quatuor n'en sont que les conséquences. L'âme chante librement sans le moindre programme.
La musique d'orgue et la musique religieuse de Franck s'inscrivent dans une évolution beaucoup plus naturelle : musicien d'église, il était normal qu'il s'exprimât sur cette voie. Certes, des inégalités se font sentir, et il est difficile de situer toute sa musique d'orgue au niveau de Prélude, fugue et variations (1862) ou des Trois Chorals (1890). Les Béatitudes ont occupé dix ans de sa vie (1869-1879), car il voulait livrer à la postérité une œuvre parfaite dans un domaine qui lui était particulièrement cher : la puissance et la sincérité de la musique ne peuvent laisser insensible même si la faiblesse du texte en atténue la portée. Est-elle trop révélatrice du « musicien imprégné d'eau bénite » ? Chez Franck, deux visages sont indissociables : le chrétien, image trop systématisée, le romantique passionné trouvant dans l'orchestre un moyen d'expression au travers de sujets d'où les notions chrétiennes ne s'écartent que progressivement. L'homme était trop sincère et il semble avoir éprouvé les plus grandes difficultés à laisser libre cours à son tempérament sans mêler ses convictions religieuses à ses élans passionnés. Mais peut-on lui en vouloir ?
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