2. Un romantique
César Franck a été catalogué comme organiste et musicien d'église, mais une connaissance objective de son œuvre ne doit jamais perdre de vue les années de jeunesse, passées sous l'autorité d'un père tyrannique. Le jeune César n'avait pas un caractère à s'affirmer et il ne l'aura jamais. Plus tard, sa femme ou ses élèves choisiront pour lui ou le pousseront à prendre les décisions importantes. Timide de nature, il y a pourtant en lui une passion qui ne demande qu'à s'épanouir, mais que sa pudeur entrave. Avec l'oratorio, il trouvera le moyen de s'échapper un peu de lui-même par un biais qui lui semble naturel, la religion. Ce chrétien sincère n'hésite pas à consacrer le plus clair de son temps à la composition de fresques aussi gigantesques que Rédemption ou Les Béatitudes. Car, au fond de lui-même, c'est un romantique dont la passion ne parvient pas à s'exprimer. Il tâtonne pour trouver son cadre, et des œuvres comme Ruth, La Tour de Babel (oratorio inédit, 1865) ou Rédemption (1871-1872) ne seront que des étapes vers le libre épanouissement d'un homme étouffé : Les Béatitudes en sont une première manifestation, mais la véritable explosion survient avec le Quintette avec piano en fa mineur (1878-1879). Le musicien romantique s'est enfin révélé, donnant libre cours à sa passion et laissant passer un souffle dévastateur. Franck s'est affranchi au point de composer une œuvre d'une sensualité étonnante. L'ombre de son élève Augusta Holmès plane sur cette période de sa vie : est-elle la cause de ce revirement ? L'éventualité d'une liaison a été souvent avancée, mais l'incertitude demeure. Dans le sillage du Quintette, il donne Le Chasseur maudit (1882), Prélude, choral et fugue pour piano (1884), les Variations symphoniques pour piano et orchestre (1885), la Sonate pour violon et piano (1886), dédiée à Eugène Ysaýe, Psyché (1886), Prélude, aria et finale pour piano (1887), la Symphonie en ré mineur (1886-1888), le Quatuor et les Trois Chorals pour orgue (1890). En dix ans, Franck livre le meilleur de lui-même, revenant d'ailleurs à l'inspiration religieuse pour son ultime œuvre. On regrettera qu'il ait consacré ses derniers efforts à orchestrer son opéra Ghiselle, alors qu'un projet de sonate pour violoncelle et piano l'attendait depuis quelques mois.
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