L'assimilation du panthéon romain au panthéon grec a fait confondre la Cérès latine avec Déméter et prêter à la première — personnalité divine sans histoire et sans visage — aventures et traits humains de la seconde. Pourtant, en dépit de cette hellénisation précoce et poussée, la déesse a conservé dans son culte ses caractères originaux italiques. Que lui soit attaché un flamine atteste son ancienneté et son caractère autochtone. Le nom de Cérès s'apparente aux verbes creare et crescere, créer et croître : peut-être, comme pour Vénus, un ancien substantif neutre désignant une abstraction (la croissance), passé au féminin lors de sa personnification et divinisation, peut-être un ancien adjectif épithète de Tellus, la terre mère, dont Cérès se serait peu à peu détachée. Déesse de la croissance, elle veille au déroulement du cycle végétal mais aussi sur la famille humaine (d'après une loi attribuée à Romulus, le mari qui répudierait sa femme sans motif valable — c'est-à-dire autre qu'avortement provoqué, adultère ou vol de clés de cave — verrait ses biens confisqués, une moitié versée à sa femme, une moitié à Cérès) ; déesse de la terre, elle n'est pas sans rappo […]
