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CENTURIE ROMAINE

La notion de centurie, dans le monde romain, présentait l'étonnante particularité de ne jamais correspondre au nombre cent ; elle désignait un ordre de grandeur qui se situait le plus souvent entre soixante et quatre-vingts, parfois bien au-delà. On peut se demander ce qui expliquerait une telle imprécision.

Ce terme était employé dans trois contextes différents, et tout d'abord dans le domaine militaire. À l'armée, on désignait ainsi un groupe de soixante à quatre-vingts soldats placés sous les ordres d'un gradé appelé précisément « centurion », reconnaissable à son bâton de commandement, un cep de vigne ; il s'agissait d'une unité à la fois disciplinaire, administrative et tactique. Deux centuries constituaient un manipule, et, à partir de l'époque de Marius, trois manipules firent une cohorte, dix cohortes représentant une légion. Sous le Haut-Empire, toute l'armée était organisée en centuries, même la marine et la cavalerie légionnaire, à l'exception des auxiliaires montés regroupés en turmes confiées à des décurions.

Les assemblées du peuple ou comices pouvaient être également organisées en centuries : dans ce cas elles représentaient le peuple en armes, alors que les comices tributes rassemblaient les citoyens. Le corps électoral comprenait dix-huit centuries de cavaliers-chevaliers, cent soixante-dix centuries de fantassins divisées en cinq classes censitaires, respectivement de quatre-vingts, vingt, vingt, vingt et trente centuries pour les première, deuxième, troisième, quatrième et cinquième classes, plus cinq centuries hors classes, soit au total cent quatre-vingt-treize centuries distinguées en fonction des revenus. Les comices centuriates, qui se rassemblaient au Champ de Mars, élisaient les magistrats supérieurs et votaient les lois qui avaient des implications militaires ou politiques ; ils sont attestés jusqu'à l'époque de Nerva.

Le même mot était enfin employé par les arpenteurs appelés gromatici : une centurie agraire représentait deux cents jugères, soit environ cinquante hectares. Les traités de ces géomètres et la photographie aérienne ont montré que Rome s'était efforcée de délimiter une grande partie des terres bordant la Méditerranée. Le document le plus connu a été trouvé à Orange ; ce cadastre fait connaître trois plans successifs dont le mieux conservé date de l'époque de Vespasien. Il montre que le territoire était divisé en lots d'un tiers de centurie chacun, appartenant soit à des indigènes, soit à des colons romains, soit à l'État.

L'emploi de ce mot prouve que les mentalités collectives, dans l'Antiquité, ne s'attachaient pas, comme les nôtres, à la précision mathématique. Ce sont elles qui expliquent le mystère que nous avons constaté : une centurie ne représentait jamais cent unités.

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