Tout, dans cet objet, est extraordinaire. À commencer par les circonstances de sa découverte, puisque le corps et la tête ont été trouvés dans deux tombes différentes de Lefcandi en Eubée, ce qui donne à penser que cette figurine de dimensions exceptionnelles (36 centimètres) avait une valeur particulière. Sa date n'est pas moins étonnante : ces deux tombes sont de la seconde moitié du xe siècle (— 950-— 900), ce qui fait reculer de deux siècles la date à partir de laquelle les mythes ont été représentés. Car il s'agit d'un centaure, stylisé en une combinaison simple de cylindres : un torse humain est greffé sur un corps de quadrupède. L'ensemble est couvert de motifs géométriques à la manière des vases contemporains, car cette statuette a été fabriquée dans un atelier de céramique. Le bras gauche, cassé, devait être levé ; tenait-il une branche d'arbre ? Ce serait alors une allusion à un mythe fréquemment représenté à partir du viie siècle : celui des centaures enivrés brandissant des arbustes, dont Héraclès vient à bout à coup de flèches. Cela voudrait dire que l'élaboration verbale des mythes a, sauf exception, précédé de beaucoup leur représentation.
Bernard HOLTZMANN
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