Comment Cecilia Bartoli est-elle devenue l'une des cantatrices les plus aimées de son époque, et l'une des plus populaires ? Elle-même avoue sans la moindre hésitation qu'elle n'aurait jamais pensé que sa carrière prendrait une telle tournure, et se développerait si vite. Peu nombreuses, en effet, sont celles et ceux qui ont pu franchir le cercle restreint des mélomanes pour s'imposer auprès d'un très vaste public, et cela sans faire la moindre concession, avec des choix de répertoire exigeants et la ferme volonté, malgré les pressions, de ne pas céder à l'appel du crossover, ce « croisement des genres » qui amène des artistes dits « classiques » à faire quelques pas dans le domaine de la chanson ou de la pop music.
1. Au service de l'œuvre
Il est relativement facile, lorsque l'on est Italienne et si l'on en a le goût et les moyens vocaux, de se faire un nom dans l'opéra, surtout dans un pays qui a longtemps considéré que, hors du xixe siècle, il n'y avait point de salut, et où Verdi et Puccini restent les favoris des amateurs. La mezzo-soprano Cecilia Bartoli, elle, affiche clairement sa passion pour la fin du baroque, le classicisme et le bel canto des premiéres decennies du xixe siècle, qui correspondent le mieux à ses possibilités, ainsi que sa volonté de faire renaître, lorsqu'elle le peut, des ouvrages négligés, voire oubliés – ce fut le cas lorsqu'elle reprit, à l'Opéra de Zurich, Nina, o sia La pazza per amore de Giovanni Paisiello, qui lui valut un triomphe en 1998. Le monde lyrique du xviiie siècle la séduit, qui, au contraire du romantisme, n'a pas peur de montrer les sentiments humains dans leur nudité et leur violence.
Chacun de ses disques-récitals résulte de recherches minutieuses accomplies aux côtés de musicologues renommés. Se mettre au service des compositeurs : tel est le credo artistique de Cecilia Bartoli, elle s'y tient avec une probité qui mérite le respect. Voilà à quoi lui sert sa notoriété, alors que beaucoup se contenteraient de poursuivre un succès é […]
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