2. De Truffaut à Téchiné
En à peine une dizaine d'années, Catherine Deneuve est devenue une actrice majeure du cinéma français, qui sait également gérer son image dans le domaine de la publicité. Elle manie habilement l'euphémisme lorsqu'elle précise que ces prestations lui permettent de refuser des propositions de films qui lui « plaisent moins ». Elle sait pourtant rester populaire à travers des productions de moindre importance artistique certes, mais de prestige, où sa prestation est toujours remarquée, comme Benjamin ou les Mémoires d'un puceau (1968) de Michel Deville, Âmes perdues (1977) de Dino Risi, Fort Saganne (1984) d'Alain Corneau, Agent trouble (1987) de Jean-Pierre Mocky, Indochine (1992) ou Est-Ouest (1999) de Régis Wargnier...
Ces choix lui permettent de jouer dans des films plus exigeants, comme le premier film de François Dupeyron, Drôle d'endroit pour une rencontre (1988), qu'elle produit : un sujet impensable sur le papier, une réussite d'une totale originalité dans le cinéma français, mais un échec public.
Au début des années 1980, Catherine Deneuve aborde un tournant difficile pour une actrice : la quarantaine. Heureusement, François Truffaut lui offre, après la relative déception commune de La Sirène du Mississipi (1969), le rôle de Marion dans Le Dernier Métro (1980) : il ne s'agit pas seulement, pour Catherine Deneuve, d'en finir avec l'ambiguïté qu'incarnait la jeune fille à l'air virginal des Parapluies de Cherbourg, mais d'assumer un personnage qui se rapproche de la vraie personnalité de l'actrice, mûre et déterminée, qui assume ses désirs comme ses contradictions. Le public plébiscite le film, qui obtient dix césars, dont celui de la meilleure actrice pour Catherine Deneuve. Celle-ci entame en même temps une complicité fructueuse avec André Téchiné dont l'univers un peu trouble, fondé sur un passé refoulé qui travaille en profondeur ses personnages, coïncide à merveille avec la mythologie personnelle de l'actrice (Hôtel des Amériques, 1981 ; Ma Saison préférée, 1993 ; […]
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