5. Les classifications
Les catégories détruisent l'identité massive et confuse de la totalité. Signifiant des « acceptions de l'être » (Aristote, Métaph., 1028 a 10 sqq.), elles instillent la complexité là où il ne paraissait y avoir qu'unité, et elles effectuent une classification de l'expérience. Chaque cadre catégorial peut être le point de départ pour des classifications, et chaque classification constitue la version empirique d'une théorie catégoriale.
Catégories et classifications s'enracinent dans la phylogenèse. Les animaux classent leur milieu en fonction de ce qui est nourriture ou non, en fonction de leurs ennemis, de leurs partenaires sexuels, de leurs proies (E. Mayr, Principles of Systematic Zoology, 1969) et « il ne fait aucun doute que les animaux soient capables de classer des objets et des relations selon des catégories abstraites, notamment géométriques » (J. Monod, Le Hasard et la Nécessité, 1970, p. 54). De même, les oppositions semblent se situer au terme d'un processus adaptatif dans le sens d'une différenciation par dualités : « L'œil et l'ouïe transmettent la variable continue de l'intensité du stimulus par des impulsions discrètes [...] ». Comme l'a observé Alcméon, « la majorité des choses humaines vont par paires » blanc-noir, doux-amer, bon-mauvais, grand-petit. Nos organes des sens, quand ils reconnaissent des régularités pour tous les aspects de l'expérience à l'exception d'un seul, créent des dichotomies et décident entre deux opposés. Ces opposés sont en quelque sorte adaptés ensemble par le cerveau » (W. S. McCulloch, Why the Mind is in the Head, 1951, p. 44). Les classifications au sens propre réunissent catégories et oppositions. Y jouent directement l'identité et la différence, le même et l'autre, l'antérieur et le postérieur (la relation de précédence) ; d'une façon plus technique, les systématiques réalisent concrètement la dialectique de l'un et du multiple (une classification représente le rabattement d'une multiplicité de dimensions sur un seul […]
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