3. Les Carpates dans l'histoire des sociétés
• Types de peuplements
Les Carpates, comme les montagnes balkaniques, et plus que les Alpes, ont joué dans l'histoire des sociétés le rôle d'une barrière et d'un refuge. Certaines crêtes ont servi, au moins temporairement, à l'établissement des frontières : les Hautes Tatras marquent la limite des peuplements et des langues slovaque et polonaise ; la colonisation médiévale des Saxons en Transylvanie n'a pas dépassé les cols donnant accès aux plaines moldave et valaque. Bien que plus aisées d'accès, les passes traversant la chaîne ont été moins empruntées que celles des Alpes. La montagne, même d'altitude moyenne, a été un refuge pour des peuples pourchassés par les envahisseurs : ainsi, on observe une continuité du peuplement d'origine dace dans les bassins intérieurs (Maramures, Fagaras, Hateg) des Carpates roumaines. Dans le Bihor, les Motsi ont colonisé et défriché les plus hautes pentes. La population pastorale nomade et semi-nomade d'origine valaque a pendant longtemps parcouru les alpages de la Transylvanie à la Pologne avant de se fixer dans les hautes vallées ou au fond des bassins. Il n'empêche que le remarquable éventail hydrographique des Carpates a été une voie de pénétration ou de dispersion vers les plaines, soit sur le versant pannonien (affluents très longs du Danube et de la Tisa), soit sur le versant polonais (affluents de la Vistule), soit sur les versants orientaux (Danube inférieur et Prut).
Dans le cadre d'une économie traditionnelle, la montagne a été un réservoir de richesses exploitées localement et de manière artisanale par des populations parfaitement adaptées au milieu. L'exploitation, souvent désordonnée, des belles futaies de chênes et de résineux alimentait une industrie du bois. Les mines – argent et cuivre en Slovaquie, or et fer en Transylvanie – ont attiré d'abord les Romains, puis les Germains.
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