3. La mystique carmélitaine
Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, l'un et l'autre en raison de la qualité de leur expérience et d'un sens psychologique très aigu, sont devenus les guides de générations de contemplatifs. C'est en partie grâce à leurs écrits que les Carmes restent fidèles à la tradition du Mont-Carmel. Thérèse d'Avila définit bien le sens de la vocation carmélitaine : « Nous qui portons ce saint habit du Carmel, nous sommes appelées à l'oraison et à la contemplation. Telle a été en effet notre première institution. Nous descendons de cette race de saints religieux du Mont-Carmel qui ne s'enfonçaient dans une solitude si profonde et ne vouaient au monde un mépris si absolu que pour aller à la recherche de ce trésor, je veux dire de cette pierre précieuse. »
Ainsi l'oraison désigne moins un moment qu'un état. L'âme s'oriente déjà vers Dieu dans la méditation d'un thème, un épisode de la vie du Christ par exemple. Le sujet méditant n'a pas à faire appel d'abord à son imagination, il est surtout invité à se mettre en présence de Dieu. Il lui importe plus d'aimer que de discourir. Les rapports entre Dieu et l'âme participent de l'échange amical, de l'amitié réciproque. Peu à peu, le simple regard succède au colloque affectif : l'âme se tient dans le silence et reçoit l'infusion de la lumière divine.
Le passage est insensible de la méditation à la contemplation. Comparable à une préparation, la méditation n'est qu'un relais : quand la lumière divine envahit l'âme, ensevelie dans le silence, la voie de l'union est ouverte. Une transformation s'est opérée, tout entière due à la grâce. Jean de la Croix décrit la longue purification qui précède l'union transformante : aridité, angoisse, nuit des sens. Les imperfections doivent être consumées. L'âme subit un sort analogue à celui que le feu fait subir au bois, le blessant, le dépouillant jusqu'à ce qu'il devienne feu.
Dans le vocabulaire carmélitain, qui sera généralement accepté par toutes les écoles à partir du xviie […]
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