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SAURA CARLOS (1932- )

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2.  À la recherche de l'altérité

Les personnages de Saura sont des êtres blessés. Ils ont été amputés d'une partie d'eux-mêmes. Ils croient vivre au présent, mais le passé les appelle, les retient. Pour survivre, il leur faut re-vivre. Représenter, se représenter, imaginer ce qui leur a échappé. Ils n'en finissent pas de recoller les morceaux de leurs histoires pleines de trous. Sans doute, le héros du Jardin des délices, Antonio, incarne-t-il cette blessure de façon exemplaire. Amnésique et paralysé, il est soumis à un traitement de choc. Ses proches, pour lui faire retrouver la mémoire, inventent des psychodrames où il revit des situations anciennes. Dans La Madriguera, Teresa (Géraldine Chaplin) descend chaque nuit à la cave de la villa moderne où elle retrouve les meubles de son enfance. Elle entraîne son mari à jouer des scènes et des rôles qu'il ne comprend pas. Que cherche-t-elle ? On serait tenté de répondre, trop vite : son unité perdue. Ne serait-ce pas plutôt le contraire : son double, l'autre qui la hante. Cette figure du double est explicite dans Peppermint frappé, et dans Elisa vida mía où le père et la fille se rejoignent, se confondent dans la création d'un texte, d'un récit dont on ne sait plus qui est l'auteur.

L'aventure qui conduit l'œuvre de Saura, c'est la quête de l'altérité. « Je est un autre. » Cette altérité, nous la refusons de toutes nos forces, préférant nous définir par quelques traits simples, en éliminant les facettes contradictoires de notre vie. Le cinéma de Saura travaille contre cette simplicité factice. Il fait surgir, à partir de n'importe quelle situation, d'autres gestes, d'autres visages, d'autres lieux qui collent à notre destin et nous font véritablement ce que nous sommes.

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