Le cinéma de Carlos Saura apparut d'abord comme un défi à la censure franquiste. Comment l'auteur de Cría cuervos parvint-il à tourner tous ses films en Espagne depuis 1959 ?
Il n'a jamais tenté d'exprimer directement ce qu'il avait à dire. Évitant les raccourcis trompeurs, il a pris le chemin des écoliers, qui est la voie royale de l'art. Il est le cinéaste du détour, de la parabole.
L'Espagne a changé. Il continue. Ce qu'on pouvait prendre pour une tactique était bel et bien sa démarche, sa loi intérieure. S'il nous parle de l'histoire, c'est à travers son histoire. Il rentre en lui-même. Pour dire l'Espagne d'hier et d'aujourd'hui, il explore un paysage mental : ses souvenirs (La Cousine Angélique), ses rêves (Cría cuervos, Elisa vida mía), ses cauchemars (Le Jardin des délices, Anna et les loups, Les Yeux bandés).
Il sait rester seul pour atteindre chacun de nous au plus intime de lui-même. Étranger aux modes et aux écoles, il creuse son sillon, imperturbable. Il est aussi marginal dans son pays que Bergman en Suède. Il n'a pas fini de dérouter ceux qui croient savoir. C'est un explorateur.
Né en 1932 comme Truffaut, Carlos Saura appartient à la génération de notre nouvelle vague, celle qui, dans les années soixante, inventa, un peu partout dans le monde, d'autres manières de raconter une histoire à l'écran.
Originaire de Huesca, en Aragon, il entra au collège après la guerre. Son père était républicain. Aux yeux de ses camarades, de ses professeurs et d'une partie de sa famille, il fut donc la « brebis galeuse ». Il a su très tôt ce que c'est que d'être exclu. Cette expérience douloureuse est à l'origine de La Cousine Angélique. La guerre civile est le sujet de ¡ Ay Carmela ! Au collège, il découvre aussi le cinéma à travers de vieux films d'aventure où, dit-il, on voyait partout « les yeux de Satan », des yeux terrifiants.
1. La maîtrise et l'aventure
Diplômé de l'École officielle de cinéma en 1957, il réalise des courts métrages et gagne sa vie comme photographe dans des magazines. Pourtant, aux […]
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