Né à Sciara, près de Côme, Carlo Innocenzo Carlone appartient autant à l'Allemagne, où il fait la moitié de sa carrière, qu'à l'Italie dont il est originaire. La famille Carlone, ou Carloni, originaire de la région de Côme, comporte de nombreuses branches, et l'on trouve des artistes de ce nom, architectes, stucateurs et peintres, en Ligurie et en Lombardie, au xviie et au xviiie siècle. C'est de ce groupe qu'émerge Carlo Innocenzo, peintre de tout premier plan, qui, en dépit de la monographie que lui ont consacrée en 1967 Klara Garas et Amalia Barigozzi Brini, ne jouit pas encore de toute la réputation qu'il mériterait. Est-ce parce qu'on peut difficilement le classer dans une école nationale ? Son apprentissage se fit entre Milan et Venise, complété, entre 1706 et 1710, semble-t-il, par un séjour à Rome. Plusieurs membres de la famille étaient établis en Europe centrale et, grâce à leur appui sans doute, on retrouve le jeune peintre en 1715 à Vienne. À partir de cette date, il partage son activité entre les pays germaniques et l'Italie du Nord. Carlone est d'abord un décorateur, spécialiste des peintures de plafond et de parois, où il déploie avec aisance et brio tout un répertoire bien au point de thèmes mythologiques et allégoriques. On trouve ainsi à Prague, au palais Clam Gallas (1727-1729) un Triomphe d'Apollon et une Allégorie des arts et des sciences : les figures, allongées et comme déchiquetées, tournoient dans un ruissellement de couleurs claires et gaies. Les décors du château de Brühl (1750 env.) s'inscrivent dans des encadrements de rocailles en stuc. On dirait que l'ornement pousse des ramifications sur la surface peinte, en courbes capricieuses et dissymétriques que vient prolonger la danse des personnages virevoltant dans le ciel. Le mouvement paraît gagner les architectures elles-mêmes, qui se tordent comme si elles étaient faites de pâte molle. En 1775, quand Carlone meurt, après avoir donné un dernier et splendide exemple de sa manière dans les fresques de la cathédrale d'Asti (qu'il achève en 1773, à plus de quatre-vingts ans), ce style tout de bravoure et d'éclat était déjà condamné en Italie même et un profond oubli, encore mal dissipé, enveloppera son nom pour deux siècles.
Georges BRUNEL
Retour en haut



