2. Un créateur pragmatique
La prédestination goldonienne est en réalité la conquête difficile d'un marché et d'une écriture dramatique, faite de défis, d'explorations, de recommencements. Une première phase, symbolique de toute sa carrière, allie la découverte des “entreprises” théâtrales de Venise – sept salles publiques, concurrentielles, où triomphe le dramma per musica, pourvues de troupes très hiérarchisées – et l'exploration des genres comiques en vogue, la comédie des improvisateurs peuplée de types figés dans une technique scénique répétitive et l'intermède comique, forme brève de l'opéra. Décisives sont ses rencontres avec des praticiens du spectacle populaire, comme Buonafede Vitali, capocomico d'une compagnie ambulante, ou l'impresario génois Giuseppe Imer, rencontré à Vérone en 1734 et grâce à qui il obtient un contrat au théâtre San Samuele, fief d'Antonio Sacchi, le “meilleur Arlequin du siècle” : Goldoni apprend ainsi à ne pas oublier “le caractère et l'habileté des acteurs”. Fondamentaux, aussi, les intermèdes comiques écrits pour eux, des “graines semées dans son champ pour y recueillir un jour des fruits mûrs”. Avec leurs silhouettes saisies dans leurs activités quotidiennes (pêcheurs, charlatans, coquettes, barbons, sigisbées) et insérées dans les ressorts traditionnels du comique, ils présentent déjà tous les éléments de la dramaturgie goldonienne, un harmonieux mélange entre observation du réel et connaissance des règles de la scène : le Monde et le Théâtre, les deux seuls livres dont Goldoni déclare ensuite s'inspirer. De ces prémisses naît sa conception de la réforme, très pragmatique – il l'exposera “en action” dans sa pièce-manifeste Le Théâtre comique en mettant en scène la répétition hésitante d'une comédie “à l'ancienne” –, qui concerne tout le théâtre comique, lyrique ou parlé, et qui pour la première fois lie le texte, sa représentation et sa réception. Nombreux étaient ceux qui, à Florence, à Naples et à Venise même, avaient tenté de purger la […]
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