Le passage d'une histoire des rois, des événements et des États à celle des peuples et des groupes sociaux, des sensibilités et des mentalités a longtemps semblé correspondre au remplacement de la narration par les décomptes, que ce soient ceux des naissances et des morts, de la production agricole et du commerce ou encore des taux d'alphabétisation et des tirages d'imprimés. L'ancrage de cette nouvelle histoire dans l'objectivité statistique l'éloignait de l'accumulation érudite, de l'analyse des thèmes et des formes propre à l'histoire de l'art comme de la fidélité des historiens de la littérature aux grandes œuvres. Le mérite du travail de l'historien italien Carlo Ginzburg est de bousculer cette situation et de brouiller quelques évidences.
Né à Turin en 1939, il est le fils de la romancière Natalia Ginzburg et du slavisant Leone Ginzburg, animateur d'un groupe antifasciste, envoyé en résidence surveillée par Mussolini, puis arrêté et assassiné par les Allemands. Il a bénéficié des relations intellectuelles de ses parents, puis du vivier interdisciplinaire qu'est l'École normale supérieure de Pise, où il découvre et traduit Les Rois thaumaturges de Marc Bloch. S'affirme alors sa vocation d'historien qui ne le fait jamais renoncer aux autres disciplines, en particulier l'histoire de l'art qu'il pratique et approfondit au Warburg Institute de Londres. Il devient professeur à l'université de Bologne, se fait connaître en Italie au début des années 1970 comme historien de la sorcellerie et des mentalités populaires. Les Batailles nocturnes et Le Fromage et les Vers. L'univers d'un meunier du XVIe siècle seront traduits dans le monde entier. Il enseigne actuellement à l'université de Californie à Los Angeles. Le communautarisme américain l'a conduit à mieux penser la question des points de vue, l'articulation de l'objectivité scientifique et de la subjectivité propre aux témoins, puis aux historiens. Il s'est interrogé parallèlement sur les origines juives de sa famille et sur les relations conflictu […]
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