Dans une Espagne qui suit, à une certaine distance, l'évolution de l'Europe occidentale, plusieurs générations carlistes se succèdent. La première génération est celle qui combat pour le prétendant don Carlos (« Charles V » pour ses fidèles) ; elle fait la guerre de 1833 à 1840, avec Tomás de Zumalacárregui comme chef, avec l'infant don Sebastián, Maroto et Cabrera (après la signature de la convention de Vergara, dans le cas de ce dernier). Elle compte sur l'appui actif des populations rurales dans certaines régions comme les provinces basques, la Navarre, l'Aragón, et la Catalogne. Une petite localité navarraise, Satella, est son principal foyer. Malgré les mesures de répression de l'armée « christine » (ou « isabelline »), elle entend longtemps les appels des guérilleros carlistes, animés par la propagande de nombreux éléments du clergé. Les anciens volontaires royalistes (apostólicos), les habitants attachés à leur glèbe et à leurs fueros (privilèges locaux) sont les premiers à se lasser de la guerre et répondent en grande partie favorablement aux incitations pacifistes de Muñagorri et d'Aviraneta, dès 1838 et au début de 1839. Le cercle se resserre de plus en plus autour des courtisans de Charles V, des ultras, des partisans de l'Ancien Régime et de la religion comme foi politique. Face à ces partisans de l'absolutisme monarchique, les diverses conceptions du régime libéral constituent un front uni, malgré leurs divergences. La bourgeoisie libérale et la Couronne s'entendent autour des thèses modérées ; aussi les autres mouvements ne peuvent-ils conquérir le pouvoir qu'au moyen de pronunciamientos ou de soulèvements urbains. Les progressistes, les républicains et aussi bien naturellement les carlistes utiliseront continuellement ce recours pour changer le cours de l'histoire.
Les mouvements « révolutionnaires », qui sont fort nombreux pendant le règne d'Isabelle II, ont deux acteurs permanents : l'armée et la bourgeoisie urbaine, dont l'union, qui date de 1820, va trio […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



