3. Les prémisses d'une pensée
Pour la comprendre, il faut revenir à des prémisses que Schmitt a développées dès la Notion de politique et dans Théologie politique I. Sa vision de l'histoire politique européenne est celle d'un déclin du jus publicum europeum, le droit public européen, celui que la montée des nations et la grande philosophie politique du xvie au xviiie siècle avaient contribué à mettre en place. Sa théorie politique repose sur une pensée de la décadence, qui, en particulier, juge à cette aune les limites trop visibles de la démocratie moderne – d'abord dans le cadre national, puis au niveau international après la Seconde Guerre mondiale, avec Le Nomos de la terre (1950). Dans sa virulente critique de la démocratie, et du parlementarisme qui lui est associé, Schmitt fait explicitement référence aux penseurs catholiques de la réaction au xixe siècle, notamment à l'espagnol José Donoso Cortès, à qui il emprunte l'idée selon laquelle la démocratie privilégie la « discussion perpétuelle ». Celle-ci dépolitise le corps politique et « neutralise » les décisions, celles qui font la vraie souveraineté. L'intervention de la sphère économique dans le champ politique ne fait qu'ajouter à ces dérives funestes.
En dernière instance, la démocratie, ou le « démocratisme », veut oublier la définition première du politique : « La distinction spécifique du politique, à laquelle peuvent se ramener les actes et les mobiles politiques, c'est la discrimination de l'ami et de l'ennemi » (La Notion de politique). Contre toute édulcoration, cette opposition doit être ramenée à son principe ultime : la possibilité concrète de provoquer la mort d'un homme. Plus en amont encore, ce principe suppose une anthropologie : celle qui conçoit l'homme comme un être corrompu, « dangereux et dynamique », « un loup pour l'homme ». Alors que les théories libérales supposent un homme bon, Schmitt se rattache à la lignée des penseurs qui ont une vision « problématique » de la nature humaine et qui, pour c […]
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