Le romantisme suédois présente, d'emblée, une physionomie originale. Il évite les excès du mysticisme allemand, ne donne qu'avec prudence dans le nationalisme scandinave et reste fidèle à la tendance suédoise profonde au réalisme. En même temps, son style demeure soumis aux exigences de clarté et de mesure inculquées par un siècle d'imprégnation classique française, et sa pensée se tourne volontiers vers les réformes d'avenir. De ce mélange de mysticisme, de classicisme, de réalisme et de libéralisme, nul ne donne mieux l'exemple que l'étrange figure de C. J. L. Almqvist.
Né à Stockholm, précoce mais maladif, le jeune Almqvist évolue dans les hautes sphères de la société suédoise. En 1808, il entreprend des études supérieures à Uppsala et en sort, licencié, en 1815. Il a acquis une immense culture désordonnée, d'où émergent ses maîtres : Swedenborg avant tout, puis Rousseau ; ensuite, pêle-mêle, Ossian, les premiers romantiques allemands, les romanciers « noirs » anglais, auxquels s'ajouteront, plus tard, Walter Scott, Balzac, Hugo et Lamennais — le romantisme sous tous ses aspects. Il accepte d'abord divers emplois administratifs à Stockholm. Surtout, en 1817, il fonde avec quelques amis une société dont le dessein est de divulguer la pensée de Swedenborg selon une perspective chrétienne « gothique », c'est-à-dire tendant à asseoir le nationalisme suédois sur la religion chrétienne.
Son premier ouvrage remarqué, Qu'est-ce que l'amour ? (Hvad är kärlek ? 1816) nous éclaire sur ce qui restera l'une des préoccupations constantes de sa pensée : les rapports du couple. C'est le départ d'une œuvre innombrable, tumultueuse, inégale, où passent toutes les tendances, tous les frémissements de l'idéalisme et de la mystique, tempérés pourtant par un réalisme aux vues d'avenir particulièrement audacieuses. Murnis (1819) fait une peinture bizarre, sensuelle de la vie d'amants célestes, dans l'esprit de Swedenborg. Amorina (1822), composition mi-lyrique, mi-dramatique, chaotique et de le […]
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