Issu d'une famille d'artisans aisés et cultivés de Leipzig, Carus, dès ses études achevées (1811), enseigne à l'Université l'anatomie comparée et se perfectionne en gynécologie, tout en poursuivant sa formation de peintre. Le typhus, contracté en soignant les blessés de la bataille de Leipzig, le laisse plusieurs jours entre la vie et la mort, événement qu'il décrit dans ses Souvenirs et pensées (1865-1866) comme un « tournant décisif » de sa biographie.
En 1814, Carus, appelé à Dresde, y prend la direction de l'institut d'obstétrique nouvellement fondé. Il se lie bientôt (1817) d'une profonde amitié avec le peintre C. D. Friedrich, qui lui ouvrira l'accès à la dimension « orphique » du paysage, et depuis 1818 correspond avec Goethe qui, le recevant à Weimar en 1821, reconnaît en lui le plus sûr de ses continuateurs dans la constitution d'une science spécifique du vivant : ses Cahiers de morphologie (1817-1823) accueillent plusieurs contributions de Carus, dont ses Fondements d'une étude générale de la nature (1823). L'année précédente, il avait fondé avec Oken la Société germanique des naturalistes et médecins, formulant lors de l'assemblée inaugurale Ce que l'on attend d'une future méthode scientifique. Nommé en 1827 médecin personnel du roi de Saxe et à la Commission médicale du royaume, Carus sera responsable de la lutte contre le choléra en 1831. Il cesse d'enseigner — mais exercera jusqu'en 1867. Son vaste horizon s'élargit encore : grâce à son ami le prince Jean, il découvre l'univers de Dante et de la pensée scolastique. C'est autour de 1830 que Carus effectue le passage de la morphologie et de la physiologie à l'anthropologie — en même temps qu'il approfondit sa conception du lien entre l'art et la science, exposée en 1831.
La clef de ce passage est donnée dans la notion d'inconscient que Carus élabore dans la ligne du premier Schelling, et surtout par une extension de la notion goethéenne de métamorphose. Sensible dès les Leçons de psychologie (1831), le passage est accompli dans son œuvre maîtresse Psyché […]
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