3. L'évangéliste et l'amour
Mais le cinéma ne saurait se confondre avec l'architecture. Dreyer le perçoit mieux que quiconque et il se plaît à opposer à l'ordre figé la liberté souveraine de ses héroïnes, de ses fous, de ses saints, de ses amants, de ses prophètes, à quoi correspond cette caméra frémissante comme une bête piégée. Tout film de Dreyer est un combat entre la fascination de la mort et la folie de l'amour. Car la vie et l'amour ne peuvent se peindre qu'en proie à cet instinct de mort qui est la règle et la morale de toute une société.
En ce sens, l'œuvre de Dreyer est profondément chrétienne. Évangélique avec une folle audace. Chrétienne par intuition d'une vérité de l'amour qui ne peut trouver aucun compromis avec le monde de la mort. Les amants de Dies irae sont de la même race que Jeanne la Pucelle et que Gertrud concluant sa vie par les deux mots « Amor omnia ». Et le fou d'Ordet, qui fait admettre au spectateur, à la fin du film, la résurrection insensée d'une jeune femme, laisse pressentir ce qu'aurait été le Christ vu par Dreyer. Mais ce cinéaste humble n'a pas eu toujours les moyens financiers de réaliser les films qu'il portait en lui. Il est mort, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, emportant ses innombrables projets.
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