4. « Care » et politique
Par la place centrale qu'elle accorde à la vulnérabilité des personnes, la perspective du care constitue une véritable révolution dans la perception et la valorisation des activités humaines. Cette valorisation rappelle l'importance qu'il y a à repenser ensemble care et délégation du travail, ou service. Car la division sociale – et aujourd'hui mondiale – du travail de care risque de donner l'illusion que l'on peut distinguer aisément un care « émotionnel » – attentif aux besoins affectifs des personnes particulières – et un care « de service » qui peut être délégué et acheté. Le premier serait alors l'apanage des femmes blanches favorisées tandis que le second resterait délimité par tout ce que les premières ne prennent pas en charge, en résumé, « le sale boulot » qui revient aux « autres ».
Si la question du care fait aujourd'hui irruption dans l'espace public, c'est aussi parce que l'entrée massive des femmes sur le marché du travail a mis en crise les voies traditionnelles de fourniture du care. Que ce soit dans la sphère domestique, les institutions publiques ou le marché, le care est produit par des femmes dont les positions sociales restent le plus souvent précaires. Infirmières, aides à domicile, aides soignantes, travailleuses sociales, sans parler de tous ces autres métiers qui se dévalorisent à la vitesse de leur féminisation : enseignantes, médecins généralistes, etc. La crise du care est à la fois celle des care givers traditionnels qui assument une charge de plus en plus lourde du fait de l'allongement de la durée de vie. Celle des conditions de plus en plus difficiles dans lesquelles s'effectuent les activités de soin sous l'effet des politiques sociales qui les encadrent. Celle enfin, et la plus préoccupante, de la « fuite du care » des pays pauvres vers les plus riches, créant peut-être le déséquilibre le plus révoltant de notre temps – et qui reste inaperçue, ou passe après le sentiment d'inquiétude suscité par la dégradation des services publics du
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