4. L'identité cap-verdienne
Malgré les disparités et les rivalités entre les dix îles, il est indéniable qu'une identité cap-verdienne existe. Elle se concrétise par la langue vernaculaire, le crioulo, par un capital d'expériences et d'attitudes communes face à la dureté du milieu, et un sentiment plus ou moins généralisé de différenciation par rapport à l'Afrique noire. En réalité, même au plus fort de la politique assimilatrice du Portugal, les Cap-Verdiens ne se sont jamais sentis pleinement portugais. Inversement, même pendant la lutte anticoloniale, ils n'ont jamais été acceptés comme des Africains à part entière par le continent.
Traînant derrière eux toute l'ambiguïté de leur double héritage, christianisés massivement quoique superficiellement (une large majorité catholique – 90 p. 100 – et quelques protestants), scolarisés tardivement mais avec constance pendant les vingt dernières années du régime colonial et intensément depuis l'indépendance, les Cap-Verdiens ont toujours disposé d'élites en nombre disproportionné eu égard aux ressources et aux débouchés locaux.
Intermédiaire agile, intelligent, entreprenant, facilement exploiteur, le Cap-Verdien n'a pas laissé que de bons souvenirs en Guinée portugaise et en Angola, et, au moment de l'indépendance ou peu après, les nouveaux maîtres de ces pays ne se firent pas faute d'en tirer les conséquences. En revanche, l'émigration vers le Portugal et dans les pays industrialisés est un phénomène récent (à partir de 1960), sauf vers les États-Unis où elle remonte au xixe siècle et où elle est surtout circonscrite à la Nouvelle-Angleterre (initialement, il s'agissait d'un mouvement lié aux embarquements sur les baleiniers nord-américains). La nouvelle émigration vers l'Europe affecte des couches culturellement plus modestes, qui se contentent d'emplois exigeant peu de qualifications.
L'originalité cap-verdienne ne s'exprime jamais mieux que dans une littérature populaire très vivace, dont la morna nostalgique est la manifestation la plus authentique […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 6 pages…



