2. Une collection de chants de noces
• Les origines
Il est certain que le Cantique trouve son milieu littéraire dans la poésie érotique du Proche-Orient ancien. Mais il faut remarquer qu'il est plus proche de celle de l'Égypte que de celle des sémites de Syro-Palestine ou de Mésopotamie en ce qu'il n'insiste pas sur l'aspect divin de l'amour. Les reliefs du Moyen Empire égyptien et ceux de l'époque d'Akhenaton illustrent bien des images du Cantique. Un tel rapprochement suggère que la naissance de ce genre littéraire en Israël est à situer dans les premières décennies de la royauté, époque où David et Salomon organisèrent l'administration en s'inspirant du modèle égyptien (xe siècle av. J.-C.).
À la même époque et sous la même influence, les écrits de sagesse faisaient leur première apparition dans les cercles royaux, alors qu'ils ne furent recueillis et mis par écrit que plus tard, quand les traditions tendaient à se perdre. N'y aurait-il pas un parallèle à établir entre l'élaboration des livres sapientiaux et celle du Cantique ? Le fait que celui-ci soit voisin de l'Ecclésiaste (Qohéleth) dans la collection des cinq « rouleaux » liturgiques (megillôth) de la Bible juive et soit même toujours rangé après ce livre parmi les œuvres sapientielles dans la Bible grecque (Septante) rend cette hypothèse plausible. Mais là s'arrête la similitude. En effet, si l'Ancien Testament, en particulier dans ces dernières œuvres, a magnifié, célébré, assimilé à une personne la sagesse ou la justice, elle n'en a jamais fait autant de l'amour. Cela ne signifie cependant pas qu'elle ignore l'amour humain ; de nombreuses pages narrent des histoires d'amour magnifiques, dramatiques ou repoussantes. Mais ces histoires ont un ton assez parénétique, absent du Cantique, que son accent personnel et intimiste, autre trait d'aspect sapientiel, distingue aussi de la rudesse des images conjugales employées par les prophètes.
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