Depuis des millénaires, dans des contextes sociaux et juridiques très différents, la marijuana et le hachisch, c'est-à-dire les pousses et les préparations résineuses de la plante Cannabis sativa (var. indica), ont été parmi les psychotropes les plus consommés pour leurs propriétés euphorisantes et relaxantes. Les alcaloïdes actifs du Cannabis sativa ont été isolés et caractérisés depuis 1964 par Gaoni et Meschoulam. Il s'agit d'une famille d'environ soixante substances lipophiles, et donc très affines pour le système nerveux, appelées cannabinoïdes. Parmi elles, l'alcaloïde le plus puissant, qui possède l'intégralité des propriétés pharmacologiques du Cannabis, est le Δ9-tetrahydrocannabinol (THC). C'est une molécule tricyclique composée d'un cycle aromatique avec un substituant −OH en 1, d'un deuxième cycle non aromatique et d'un noyau pyrane.
Cependant, ce n'est que dans les années 1990, et avec vingt ans de retard par rapport à la recherche sur les opiacés, l'autre grande famille des drogues consommées pour leurs propriétés relaxantes et euphorisantes, qu'on a commencé à déchiffrer les effets moléculaires des cannabinoïdes, à comprendre leur biologie et à aborder ces substances lipophiles controversées avec nos outils « familiers » de neurobiologie.
1. Deux découvertes très importantes
• Les récepteurs aux cannabinoïdes
En 1990, fut mise en évidence l'existence dans le système nerveux central des sites de liaison spécifiques pour les cannabinoïdes (Matsuda et al., 1990, Science). Il s'agit des récepteurs CB1, qui sont des protéines membranaires majoritairement présentes dans le système nerveux central, mais aussi au niveau des terminaisons nerveuses dans des organes périphériques tels que l'intestin, le canal déférent et l'utérus.
La localisation précise du récepteur CB1 dans différentes structures du système nerveux central a été possible grâce à la synthèse des données provenant de trois types d'expériences complémentaires : la visualisation par autoradiographie des sites fonctionnels de liaison des cannabinoïdes radiomarqués (porteurs d'un marquage par radioéléme […]
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