4. Les thèmes
Quels sont les thèmes traités par tous ces poètes, par Villasandino, Macías, Ruy Paez de Ribera, Ferná Sanchez de Talavera, Antón de Montoro, Fernán Pérez de Guzmán, Juan de Mena, le marquis de Santillana, Jorge Manrique et tant d'autres ? À côté des thèmes de l'amour courtois apparaissent une poésie de circonstance, de caractère mondain le plus souvent, une poésie morale et didactique qui prend pour objet les vices et vertus, la fortune et la mort, une poésie religieuse, une poésie satirique. Quant aux serranillas ou chansons de serranas (montagnardes), elles sont apparentées au genre de la pastourelle, mais présentent des caractères propres. Dans les dits, débats narratifs, dans les genres dialogués, ainsi que dans les genres mineurs, devises, lettres d'amour, éloges, requêtes, complaintes, les poètes de la Péninsule traitent des thèmes et des genres qui appartiennent à un patrimoine plus large et suivent des modes. On peut, en particulier, établir de nombreux rapprochements avec la poésie française et il est certain que des poètes comme Machaut et Chartier eurent une grande influence sur la lyrique des cancioneros. Est-ce à dire que rien dans ces recueils n'est original ?
Si certaines modes ont été suivies, elles ne l'ont pas été servilement. Précieuse et savante, la poésie des cancioneros garde une certaine sobriété, évite l'excès d'artifice et préfère souvent aux recherches de la rhétorique les jeux intellectuels. C'est une poésie parfois « conceptiste ». Elle reflète aussi certaines préoccupations morales ou religieuses. Enfin, par le goût qu'elle montre pour les vieux refrains, elle garde des liens étroits avec la tradition populaire. Le succès du Cancionero general au xvie siècle montre qu'au moment où triomphait la mode italienne l'Espagne restait encore liée à son passé poétique.
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