3. L'œuvre lyrique et le théâtre
Si l'on excepte trois courts poèmes, toute l'œuvre lyrique de Camões a été, à la différence des Lusiades, publiée après sa mort. Une telle situation s'explique par les habitudes du temps. Ce type de poèmes faisait l'objet de copies manuscrites, conservées dans des « chansonniers » (cancioneiros) que les amateurs élaboraient pour leur usage personnel. Les morceaux étaient reproduits de recueil en recueil, subissant ainsi mille altérations. Selon une tradition qui nous a été transmise par Diogo do Couto, Camões aurait réuni ses productions en un cahier intitulé Parnaso de Luís de Camões. Il y travaillait en rentrant en Europe, lors de son séjour à Mozambique, mais ce cahier lui fut volé.
Quoi qu'il en soit, c'est seulement après sa mort que ses poèmes lyriques, ainsi que ses pièces de théâtre, ont été publiés. Les éditeurs sont allés les chercher dans les cancioneiros où ils figuraient, mêlés aux productions des auteurs les plus divers. De là un problème préliminaire considérable, qui peut se diviser en deux questions : quel est le « canon » du lyrisme camonien (les œuvres qui sont authentiquement de lui) ? ; comment, pour les œuvres authentiques, restituer le texte véritable sous les différentes versions manuscrites ?
Résumons les principaux jalons de cette publication posthume des œuvres lyriques de Camões. C'est seulement quinze ans après sa mort, en 1595, que paraît, sous le titre de Rimas, un premier recueil ; une seconde édition sort en 1598, augmentée de morceaux nouveaux. Dans le cours du siècle suivant, à l'occasion de diverses rééditions des Rimas, des pièces ne cessent de s'ajouter aux anciennes. C'est le cas en 1616. Mais celui qui mérite la palme en ce domaine est le critique Faria e Sousa (1590-1649) qui, dans les deux éditions des Rimas qu'il prépara et qui parurent en 1685 et 1689, fit endosser à Camões la paternité de tout ce qui, dans la poésie portugaise, lui paraissait de quelque valeur. Cette inflation continua jusqu'à la fin du xix
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