Le climat de renouvellement politique et culturel qui caractérise le xixe siècle européen engage académies et milieux professionnels dans un débat qui, dans les différents pays, se soumet à un idéal commun : la création d'une nouvelle architecture, « moderne, indépendante et nationale ». Camillo Boito est, dans l'Italie de la seconde moitié du siècle, le théoricien le plus notable qui vise à relier tâche civile et action culturelle.
Architecte médiévaliste, publiciste et historien formé à l'Académie des beaux-arts de Venise, Boito commence une carrière précoce en succédant à Selvatico, en 1855, à la chaire d'esthétique et d'histoire de l'architecture. L'anticlassicisme de Selvatico réprouvait aussi bien la « pédanterie timide des vulgarisateurs de Vitruve » que les « graticules de l'École polytechnique de Paris » (Durand). Cette position est reprise par Boito dans son discours inaugural contre l'abus des rapports arithmétiques et les modules de Vignole.
L'expérience pédagogique vénitienne de Boito ne dure que quelques mois ; à la fin de 1856, il s'établit en Toscane, et ses premiers articles sur le gothique florentin et sur les Cosmates paraissent […]
