3. L'indépendance
Camille Claudel, qui a alors la trentaine, tente de se détacher de l'emprise de Rodin, tant sur le plan artistique que sur celui du privé. Si elle a fait son profit des leçons de Rodin dans la manière vigoureuse de travailler la glaise, elle échappe à son influence dans le choix des thèmes qui ne sont plus mythologiques ou littéraires, mais empruntés au quotidien et aux expériences existentielles.
Elle tente de poursuivre seule son parcours artistique. Ce sont essentiellement La Valse et Clotho (1893) qui marquent la rupture avec le style rodinien des premières années. Ce sont des sculptures du sentiment, de l'existentiel, sans lien avec la production de Rodin, ni dans les sujets, ni dans le traitement. Leur construction fait apparaître cette composition en déséquilibre, qui sera la marque de l'art claudélien des dernières années. Œuvre d'art extrêmement complexe dans sa réalisation en marbre (aujourd'hui disparue), Clotho est la signature de Camille Claudel statuaire virtuose.
C'est avec la série des « croquis d'après nature » (1893-1905), selon sa propre expression, que Camille Claudel fait le plus nettement preuve d'originalité dans le choix de ses sujets inspirés de la vie quotidienne, comme dans ceux de leur petite taille et de leur développement technique, avec le recours à des matériaux délicats comme le marbre-onyx et l'albâtre alliés au bronze. Il en est ainsi des Causeuses en marbre-onyx (1895, Paris, musée Rodin), de La Vague en marbre-onyx et bronze (1897, Paris, musée Rodin) et surtout de deux variations autour d'une cheminée : La Profonde Pensée (1898) et Rêve au coin du feu (1900). Ces modèles, grâce à l'éditeur et fondeur Eugène Blot, seront déclinés dans divers matériaux : marbre blanc, albâtre, marbre blanc et bronze, marbre rose, onyx et bronze, marbre veiné et bronze.
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