6. La pensée calviniste
La théologie du xixe siècle, celle d'un Alexandre Vinet, d'un Charles Secrétan, n'était pas calviniste. Elle était surtout dominée par les problèmes de la liberté. Il faut arriver au début du xxe siècle pour voir un renouveau dans la pensée calviniste. En France, ce renouveau est dû aux ouvrages d'Auguste Lecerf, dont l'influence a été considérable, mais aussi aux travaux d'Émile Doumergue, qui a consacré sa vie à étudier la vie et l'œuvre de Calvin, à dégager la vraie figure du réformateur. Les recherches de Doumergue ont abouti à une œuvre monumentale : Jean Calvin, les hommes et les choses de son temps (8 volumes). C'est une véritable encyclopédie calviniste, aux citations nombreuses et à l'érudition étendue, la meilleure introduction à la pensée réformée. Il faut signaler aussi les travaux de l'historien J. Pannier sur la conversion de Calvin et ceux d'E. Léonard, qui dans le tome I de son Histoire générale du protestantisme, donne une bibliographie très complète.
L'œuvre la plus importante de la théologie réformée est celle de Karl Barth, bien qu'il s'écarte quelque peu de la position traditionnelle, en particulier sur l'élection. Synthèse originale et puissante, sa Dogmatique propose une théologie de la transcendance de la parole de Dieu, de la grâce. Elle montre avec un étonnant bonheur comment Dieu agit sans cesse pour le salut de l'homme et elle ramène tout à cette action souveraine. La pensée d'une génération a été marquée par cette œuvre magistrale. Le message de Karl Barth a revêtu une importance particulière lorsqu'il a opposé aux prétentions totalitaires d'un Hitler la résistance spirituelle de l'Église confessante. La souveraineté de Dieu ne tolère nulle autre souveraineté dans l'Église ni dans le monde. Le calvinisme a ainsi montré qu'il était une pensée engagée, source d'inspiration pour toute la vie, une vie qui se sait sous l'entière dépendance du Dieu tout-puissant et miséricordieux.
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