6. Impuissance califienne et rôle religieux du calife
Par une singulière ironie, le calife abbasside est en effet contraint d'accepter dans sa capitale même la tutelle de princes iraniens, les Buyides, qui, par surcroît, sont shī'ites, mais appartiennent à une secte rivale de celle des Fatimides. La situation morale des califes abbassides ne subit aucun changement lorsque les réformateurs seldjukides imposent leur suprématie au califat, tout en rétablissant le sunnisme. Le calife pense retrouver son ascendant en multipliant de façon singulière ses titres. Déjà le Fatimide s'était intitulé l'« esclave et ami de Dieu », titre que l'Abbasside s'octroie bien vite pour ne pas déchoir, en se qualifiant de « calife de Dieu », formule étrange qui, dans l'usage littéraire au moins, était d'un emploi courant. À vrai dire, cette même expression se rencontre pour la première fois à Cordoue, jointe au nom du calife omeyyade dans une inscription datée de 969, qui était passée inaperçue. Tandis qu'aux xie et xiie siècles la faiblesse du pouvoir temporel de l'Abbasside « rendait plus nécessaire, selon la remarque d'I. Goldziher, de faire ressortir sa dignité ecclésiastique ». De ce protocole officiel, l'épigraphie fournit une demi-douzaine d'exemples, mais on doit convenir que les juristes condamnèrent la formule « calife de Dieu » comme une marque d'impiété.
Il est donc indiqué d'examiner ici quel était le rôle légal du calife. Il n'a aucune compétence pour définir le dogme, domaine où il ne lui appartient pas de légiférer. S'il veille à l'application de la loi religieuse, il ne crée pas la loi. Si l'on se tourne vers le camp shī‘ite, on voit que l'iman est plus impeccable qu'infaillible.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



