Le plus grand théologien catholique de la Renaissance, Tommaso de Vio, était né à Gaète (d'où le nom qu'on lui donna — Il Caietano), dans une famille noble. Il entra chez les dominicains à Naples en 1484, dans ce même couvent où furent admis, avant lui, Thomas d'Aquin et, après lui, Tommaso Campanella et Giordano Bruno. C'est d'abord dans la dispute philosophique qu'il sut s'imposer. Après des études au studium dominicain de Bologne, interrompues par la maladie, il arrive en 1491 à Padoue et s'initie aux débats entre averroïstes, scotistes et thomistes. Élève de Valentin de Pérouse, il est bachelier en 1493 ; et, alors qu'il vient d'être nommé professeur de métaphysique selon la via thomistica (la via scotica avait les mêmes privilèges à l'Université), l'objet de son premier enseignement est un commentaire du De ente et essentia de Thomas d'Aquin (1494-1495). Une fois publié (1496), l'ouvrage est déjà un ouvrage de maturité où tous les thèmes de l'œuvre à venir sont présents. L'auteur s'y propose de trancher les difficultés de la métaphysique en analysant toutes les équivocités des termes spéculatifs ; c'est ce qu'il appelle diversimode loqui. Ce classement sémantique des thèses rencontre tout de suite la question de l'analogie comme sa question essentielle, puisque l'analogie est la structure à la fois logique et ontologique qui permet de faire varier chaque concept et d'en distribuer toutes les significations.
C'est en 1498, à Pavie, qu'il rédige L'Analogie des noms et parvient au point de vue le plus élevé de sa réflexion sur les fondements de la métaphysique : « La connaissance de l'analogie des noms en vérité est si nécessaire que personne ne peut apprendre la métaphysique sans elle. » Pour parvenir à cette lucidité qui dépasse le point de vue seulement théologique des précédentes théories de l'analogie, Cajétan n'avait pas seulement commenté une grande partie des œuvres logiques aristotéliciennes (Isagogè, Catégories, Periherménéias, livre II, Seconds Analytiques), il […]
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