3. Les cafés de l'art et de la littérature à Paris
S'il n'est pas erroné, le terme de « café littéraire », qui a été consacré par l'usage, est toutefois réducteur. Dès leur apparition, les cafés ont eu partie liée avec la presse, la politique, le théâtre et les arts du spectacle, la musique, la philosophie et le domaine des idées. La poésie et l'art romanesque se taillent une place de choix dans ces cénacles toujours improvisés et toujours renouvelés. Mais ils n'en constituent pas nécessairement le dénominateur commun. Et les représentants de toutes les disciplines artistiques y ont droit de cité.
Si, à Paris, le café Procope est essentiellement l'antichambre du Théâtre-Français jusqu'à la Révolution, on peut considérer que le premier café littéraire digne de ce nom est le Café de la Régence. Situé dans le Palais-Royal, créé peu de temps après que Philippe d'Orléans en eut fait le lieu de promenade à la mode de Paris, et avant que la fièvre révolutionnaire s'en empare, il recueille les suffrages des hommes de lettres, sans doute parce que, à en croire Lesage, c'est un lieu silencieux et même un peu trop sérieux, où l'on joue aux échecs, et qu'il rebaptise le « café du dieu égyptien Horus ». Diderot, Grimm, Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre aiment à y venir, tout comme les architectes Percier et Fontaine et, plus tard, Robespierre, Bonaparte. Alfred de Musset l'adoptera pendant sa jeunesse de dandy. Au sein de microcosmes voués aux opinions tranchées (Girondins, Montagnards, bonapartistes et légitimistes ne cessent de s'y affronter jusqu'à la Restauration) et à la galanterie, aux menus plaisirs et aux frivolités, aux spectacles les plus saugrenus (comme l'orchestre « homérique » dans le Caveau des Aveugles, les machines surprenantes du Café Mécanique, qui permettent de servir automatiquement les consommations, ou le décor onirique du Café de l'Olympe), les lettrés n'ont plus leur place en tant que tels.
• Naissance de la modernité
Le Palais-Royal tombe en désuétude. Le percement et l'aménagement des Grands […]
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