2. Le cameraman
Il se passionne en même temps très vite pour la technique. « Je voulais savoir, dit-il, comment le film était assemblé dans la salle de montage ; mais c'est la mécanique de la caméra qui me fascinait le plus. »
Les premiers conseils de Fatty ne sont pas très encourageants. « Il faudra que tu te fasses à l'idée, dit-il au débutant, que l'âge mental du public ne dépasse pas douze ans. » Keaton l'écoute en silence, mais, quelques mois plus tard, il possède une expérience suffisante pour lui répondre : « Roscoe, il faudra que tu te sortes cette idée de la tête, parce que ceux qui continueront à faire des films pour une mentalité de douze ans ne garderont pas leur travail très longtemps. »
Ce jugement n'a rien de moral. Il ne procède que d'une appréciation pratique et réfléchie du métier de comique de cinéma. Un métier que Keaton entend exercer de la façon la plus régulière et la mieux organisée. Il n'est pas question pour lui d'attendre l'inspiration, de consulter les grands esprits du siècle ou de s'interroger sur le destin du monde comme Charlie Chaplin.
À partir d'octobre 1919, Joseph Schenck, son producteur, qui exerce en même temps sur lui une sorte de protection paternelle, loue les anciens studios de Chaplin, précisément, et engage une équipe peu nombreuse, mais constamment disponible, qui représente pour Keaton – on le sent dans toutes ses déclarations – un vrai bonheur professionnel.
Dix-neuf courts métrages en vingt-cinq mois pour commencer, puis deux longs métrages par an à partir de 1923, avec des sorties prévues quasi rituellement en avril et en novembre, voilà le rythme de production qui lui semble juste et naturel.
Si l'on songe qu'il s'agit des Trois Âges (1923), de La Croisière du « Navigator » (1924), de Fiancées en folie (1925), du Mécano de la « General » (1926), de Steamboat Bill Jr, terminé la même année (1928) que Le Cameraman, on croit rêver.
Keaton, quant à lui, ne paraît s'être soucié que du meilleur emploi du temps possible. « Mon nouvea […]
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