3. Le Burundi indépendant
• Une décolonisation conflictuelle et une cristallisation ethnique
Cependant, l'indépendance octroyée le 1er juillet 1962 ne permet pas la réalisation du projet nationaliste de modernisation conservatrice. Certes, le pays n'est guère prêt, en raison du faible nombre des élites universitaires et de la situation originale de Bujumbura, une ville plus cosmopolite que burundaise, un centre extracoutumier dont le développement s'est distingué du reste du royaume du Burundi. Mais surtout, de 1962 à 1965, la politique va peu à peu s'ethniciser. En sont responsables une déstabilisation chronique de la classe politique (après les assassinats, notamment, de Louis Rwagasore en 1961 puis du Premier ministre hutu Pierre Ngendandumwe en 1965), l'action et les divisions de la Cour, une inadaptation de la Constitution aux réalités culturelles (accaparement autoritaire du pouvoir par le Roi et la Cour). Enfin, le contexte international, les événements au Rwanda et la guerre froide agissent d'une façon décisive sur la vie politique. La révolution sociale rwandaise opère comme un modèle sur les leaders hutu et incite les élites tutsi à un repliement sécuritaire, poussant tous les acteurs politiques à jouer un double jeu, sous couvert d'idéologies cultivant un non-dit ethnique, tandis que la guerre froide brouille les attitudes politiques et multiplie les manipulations. Durant l'année 1965, les différentes impasses du temps présent semblent se nouer : les élections législatives, qui accordaient une majorité aux parlementaires hutu, ne furent pas prises en considération par le roi, qui imposa son propre gouvernement. Ce premier coup d'État constitutionnel fut suivi d'un premier coup d'État hutu en octobre ; celui-ci fut l'occasion de massacres de civils tutsi puis hutu. La destitution du roi, en juillet 1966, par le prince héritier, Charles Ndizeye, qui prit le pouvoir sous le nom de Ntare V, ne sauva ni la monarchie ni le système parlementaire multipartiste, marqués par cinq ans d'instabilité et d'incapacité à transcender les clivages ethniques naissants. Or les deux Républiques qui suivirent amplifièrent et structurèrent ces divisions, même si, à leur naissance, elles désiraient les dépasser.
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