2. Histoire
• L'histoire précoloniale, ou une société traditionnelle entre inconnu et certitude
L'époque précoloniale est mal connue. En dehors d'une histoire politique dynastique des trois derniers siècles, reconstituée sommairement grâce aux traditions orales, et à l'exception du xixe siècle, qui correspond aux deux longs règnes de Ntare Rugamba et de Mwezi Gisabo, dont les conquêtes périphériques dessinent les limites territoriales du Burundi actuel, on reste dans les hypothèses. Celles-ci concernent tant la formation des peuplements avant l'émergence d'entités politiques, une protohistoire riche qui ne s'articule pas avec la chronologie politique, que la construction des bases économiques et culturelles, en particulier ce processus inachevé d'intégration nationale, de formation et de différenciation ethnique. Pourtant de tels doutes n'ont pas empêché des interprétations qui, de la colonisation à nos jours, ont recouru à des généralisations hasardeuses ou à des affirmations idéologiques.
Ainsi l'anthropologie coloniale du début du siècle classa-t-elle les groupes sociaux aux frontières complexes et mouvantes, aussi bien verticales qu'horizontales, en des ethnies homogènes à l'image de castes. Le premier récit écrit distingua alors les Hutu, devenus des « bantous », agriculteurs issus d'une migration transafricaine aux origines de la majorité des peuples de l'Afrique centrale et orientale, des Tutsi, éleveurs « hamites » qui seraient issus de migrations échelonnées dans le temps provenant d'Afrique orientale ; ces deux ethnies se différenciant d'une troisième, les Twa, d'origine pygmoïde, qui, ne représentant guère plus de 1 p. 100 de la population, ne témoignerait que d'un peuplement originel.
Cette grande geste que les hypothèses savantes crédibilisèrent par des explications raciales, historiques et sociologiques, toutes catégoriques sur les origines et leurs invariants biologiques et culturels, s'enracina d'autant plus facilement qu'elle justifiait, en aval, la politiq […]
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