2. L'heure du « Conurbano »
La crise économique des années 1930 coupe le cordon ombilical avec l'Europe et clôt la période euro-pampéenne de la ville pour ouvrir celle des banlieues (Conurbano). À cette époque, où l'économie argentine se recentre sur l'espace intérieur, l'immigration européenne est relayée par la migration « alluviale » des provinces pauvres du nord-ouest argentin. La création d'une industrie nationale attire des flots de « cabecitas negras » (« petites têtes noires »), comme les appellent péjorativement les « portègnes » (les habitants de Buenos Aires), venus s'embaucher dans les grandes fabriques et les centaines de petits ateliers qui se localisent de part et d'autre du Riachuelo et dans les communes limitrophes du premier cordon industriel (Avellaneda, Lanús, La Matanza, San Martín). En 1960, 90 p. 100 des travailleurs des usines du Grand Buenos Aires (agglomération) étaient originaires de l'Interior (provinces du Nord-Ouest argentin). À la différence des migrants d'ultramar, les nouveaux arrivés cessent de s'entasser dans les conventillos – logements ouvriers construits en tôle ondulée par les immigrants génois au début du xxe siècle –, dans les quartiers de La Boca et de Barracas pour peupler la périphérie (suburbios). La population de la capitale, qui a quadruplé entre 1864 et 1947, s'est stabilisée depuis lors autour de 3 millions d'habitants. Ce sont ensuite les communes périphériques qui absorbent la croissance démographique de cette vaste région métropolitaine, qui se déploie en éventail à partir de la place de Mai et s'étire en couronnes sur presque 16 000 kilomètres carrés, de Luján à La Plata.
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