3. Un mozartien hors du commun
Le répertoire de Bruno Walter s'était construit essentiellement autour de sa formation lyrique : parti des opéras de Mozart, Beethoven, Weber, Wagner et Richard Strauss, il avait adopté l'œuvre symphonique de ces musiciens, élargissant rapidement son approche à l'ensemble du répertoire romantique. Après l'avoir considéré comme un musicien rococo, il a découvert en Mozart « le Shakespeare de l'opéra » et l'a dégagé du pathos romantique allemand qui le défigurait pour lui redonner sa spontanéité, sa jeunesse et sa souplesse italienne. Il a également joué un rôle prépondérant en faveur de Mahler, dont il a imposé la musique tout au long de sa vie, souvent dans l'indifférence et l'incompréhension, et auquel il a consacré un livre en 1936 ; l'histoire lui a donné raison. La musique française l'attirait peu : toute sa vie, il a cherché l'interprète idéale de Carmen et, en de rares occasions, il a dirigé Pelléas et Mélisande (première à Vienne en 1902) et La Mer de Debussy. Il a fait quelques incursions dans le domaine de la musique contemporaine, créant la suite de ballet Schlagobers (1932) de Richard Strauss, la Symphonie no 2 (1934) de Kurt Weill, le deuxième Essay for Orchestra (1942) de Samuel Barber. Il dirigeait certaines pages de Schönberg (La Nuit transfigurée), Hindemith ou Chostakovitch (Symphonie no 1). Mais, contrairement à Toscanini ou à Furtwängler, son univers était presque exclusivement germanique, de Haydn à Johann Strauss, de Mozart à Bruckner et Mahler. Il remettait sans cesse sur le métier des symphonies de Mozart, Beethoven, Brahms ou Mahler, qu'il a gravées à plusieurs reprises, laissant des témoignages précieux de l'évolution de sa démarche artistique.
Des grands chefs allemands de cette génération, Bruno Walter était probablement le plus mesuré, celui qui savait donner à la musique une dimension humaine véritablement rayonnante. La technique pure de la direction d'orchestre occupait peu de place dans sa démarche, essentiel […]
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