Né en 1958, d'abord professeur de philosophie, Bruno Dumont quitte l'enseignement et réalise pendant plusieurs années des films de commande industriels et d'entreprise. Après un détour rapide par l'écriture de scénarios documentaires pour la télévision, c'est la révélation de son premier long-métrage. Prix Jean Vigo 1997, La Vie de Jésus est un film sur l'enlisement, premier volet d'une trilogie tournée à Bailleul (d'où est originaire le cinéaste), triste localité du pays flamand. Comédiens non professionnels habitant Bailleul comme tous les personnages de Dumont, les jeunes d'une bande de quartier trompent l'ennui et la chaleur par des virées en mobylette. Prodigieuse figure, David Douche, cheveux ras, la dégaine un peu débile, le parler elliptique et argotique, campe leur chef. Sa vérité, c'est la violence qui monte en lui dès qu'il a un guidon entre les mains. Après sa participation à la tentative de viol collectif sur une majorette, le racisme ambiant enflammera une rivalité amoureuse, amenant cet individu immature à commettre un meurtre. Pourtant, après le mal, s'amorce au dernier plan un mouvement vers le repentir et la grâce.
Dans L'Humanité (1999), Pharaon (l'étonnant Emmanuel Schotté) enquête sur le viol et le meurtre d'une fillette. L'atrocité de la vision du sexe sanglant est si insupportable que le film s'ouvre sur la fuite du lieutenant de police après sa macabre découverte, le souffle de son haleine emplissant la bande-son tandis qu'il se couche sur le sol, la tête dans la terre et l'œil grand ouvert. Le plan insoutenable ne sera asséné par l'auteur que plus tard. Pharaon le simple est celui qui ressent, étreint les misérables et se livre finalement à leur place parce qu'il n'a que sa compréhension à offrir. Son humanité apparaît d'abord, comme un désir de percer le mystère du lien indéfectible qui existe entre l'esprit et ce corps tyrannique qui l'encombre, alors que d'autres savent en tirer du plaisir ou de l'horreur.
Après avoir traqué le spirituel dans La Vie de Jésus et l'hum […]
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