1. Une « brésilianité » inscrite dans le territoire
La population brésilienne jeune (40 p. 100 des Brésiliens ont moins de vingt ans), nombreuse (5e rang mondial), mélangée (selon le recensement de 2000 : 55 p. 100 de Blancs, 39 p. 100 de Métis, 6 p. 100 de Noirs), manifeste son dynamisme et sa créativité dans l'affirmation d'une identité métisse originale où se mêlent couleurs de peau et origines. Toutes sortes de parcours migratoires, de cultures urbaines ou rurales constituent la « brésilianité », ce mode d'organisation de l'espace propre aux Brésiliens, cette alchimie particulière d'un peuple modelé par la conquête territoriale et par sa façon de se mouvoir sur son territoire.
Le métissage, dû à l'intense processus de mélange entre les trois « races » fondatrices du peuple brésilien : les Amérindiens, les Blancs et les Noirs, a été délibérément présenté dans les années 1930 de manière positive. Ce mythe de l'harmonie du mélange, régulièrement repris et reconstruit par les élites, semble servir à masquer les inégalités structurelles d'une société marquée par trois siècles d'esclavage. Aux 3 millions d'Amérindiens, décimés à chaque contact avec les Blancs, au 1,5 million de Portugais, arrivés régulièrement depuis cinq siècles, et aux 3,5 millions d'Africains, importés comme esclaves entre 1560 et 1850, se sont ajoutés environ 3 millions de migrants venus essentiellement d'Europe (Italiens, Allemands...) et du Proche-Orient (Syro-Libanais), après l'abolition de l'esclavage (1888), et fixés plutôt dans le sud du pays. L'immigration européenne était encouragée car elle devait permettre de surmonter la prétendue fatalité géographique des handicaps de la tropicalité (insalubrité du climat, fréquence des épidémies, excès ou manque d'eau...).
Ces mouvements migratoires qui avaient d'abord donné naissance à une population de métis d'Indiens, de Noirs et de Blancs formant les masses rurales de caboclos, principalement dans la moitié nord du pays, ont conduit, à la fin du xixe siècle, au « blanchim […]
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