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BRÉBIETTE ou BRÉBIELLE PIERRE (1598-env. 1650)

Graveur français de l'époque de Louis XIII, que Léon Rosenthal (Gazette des beaux-arts, 1911) a, le premier, revalorisé. Le caractère moderne, extrêmement séduisant, de l'œuvre de Pierre Brébiette résulte de la grande liberté de style et de composition avec laquelle il a traité les thèmes mythologiques, placés généralement dans de petites frises de quelques centimètres de côté. Son humour et son invention, son goût pour le mélange des genres et les négligences expressives peu goûtées de son temps peuvent être qualifiés aujourd'hui de « romantiques ». Sa verve baroque, mouvementée et sensuelle, est tempérée, selon Rosenthal, par une « désinvolture narquoise » qui incite à penser qu'il « n'a pas été dupe de l'emphase imposée par la mode » de son temps. Son dessin, généralement bien construit, garde donc une spontanéité et une fraîcheur surprenante à l'époque de l'élaboration des « règles ». Il aime et il imite la pointe aérée, « impressionniste », des Vénitiens — Palma, Véronèse, Bassano —, qu'il a copiés dans quelques grandes planches ; il a sans doute apprécié et tiré la leçon des études naturalistes, et parfois triviales, des Carrache. Selon Rosenthal, il aurait peut-être connu Rembrandt. Il a en tout cas composé, outre les frises de bacchanales, les triomphes de dieux marins, les scènes de satyres et de nymphes qui l'ont rendu célèbre, un assez grand nombre de scènes vulgaires, scènes de ménage ou de beuverie, qui comptent dans l'histoire du dessin d'humour français comme l'équivalent des recherches caricaturales italiennes et flamandes. Sa série des Cris de Paris répond à celle d'Agostino Carrache. Signalé à Rome en 1617 parce qu'il fut blessé dans une rixe, il est à Paris en 1626 et épouse la fille de François de Neufchâteau, curieux « poète hétéroclite » de Gaston d'Orléans, au talent fantaisiste et douteux. Il semble donc avoir vécu la vie de bohème libre penseuse de l'époque de Ragueneau et de Cyrano de Bergerac, ce qui explique une imagination et une sensualité assez exceptionnelles à l'époque de Descartes et de Vincent de Paul. Le personnage de Brébiette a été très certainement hors du commun, comme l'œuvre qu'il nous a laissée. Un recueil de soixante-quinze de ses estampes fut publié en 1638, avec un autoportrait, par son ami, l'éditeur Quesnel. Le catalogue de ses gravures, qui compte près de trois cents numéros, est sans doute incomplet.

Michel MELOT

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