L'enfance de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantôme, s'était passée à la cour de Navarre ; puis, après d'assez bonnes études à Paris et à Poitiers, nommé tout jeune encore abbé commendataire de Brantôme par Henri II, sa vie s'était partagée en plaisirs de cour et de ruelles ; en voyages d'agrément, dont il aimait les surprises ; en expéditions militaires, où il sut se comporter en brave, jusqu'en cette année 1584, qui fut fort néfaste, puisqu'au début de l'été il perdit son maître, dont il était chambellan — et qui n'était rien de moins que Mgr le duc d'Alençon, héritier éventuel de la couronne de France — et qu'au début de l'automne, tandis qu'il chevauchait, il fit une chute de cheval si malencontreuse qu'il dut garder la chambre pendant plus de dix-huit mois.
Ce malheur eut du bon néanmoins pour les lettres françaises, car, renonçant à son projet d'offrir ses services à Philippe II d'Espagne, notre Périgourdin, ne pouvant recouvrir sa vie alerte d'antan, se résolut à écrire ses mémoires. Pendant les trente années qui lui restaient à vivre, M. de Brantôme ne quitte plus guère sa province que pour de hâtifs déplacements. Puis il fait définitivement retraite dans ses t […]
