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BOUVARD ET PÉCUCHET, livre de Gustave Flaubert

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2.  Un « grotesque triste »

En écrivant Bouvard et Pécuchet, Flaubert concrétise un projet qu'il porte en lui depuis longtemps. Doté dès son enfance d'une sensibilité exacerbée au « grotesque triste » de la vie, c'est très tôt qu'il invente, avec les figures du Garçon ou du Commis, les prototypes de l'imbécile sentencieux qui aboutiront au personnage du pharmacien Homais dans Madame Bovary. Ce roman, vaste catalogue de clichés, souvent soulignés par des italiques, a déjà la bêtise pour sujet. Cette réaction quasi allergique aux inepties de son époque, qui s'exprime avec tant de virulence dans sa Correspondance, s'accentue au fil du temps. La perte de ses proches, la solitude, le maigre succès de ses ouvrages et surtout les épisodes de la débâcle de 1870 et de la Commune amènent Flaubert à régler ses comptes : « Je veux, dit-il, cracher sur mes contemporains tout le dégoût qu'ils m'inspirent. »

Livre nécessaire, Bouvard et Pécuchet est aussi le plus ardu qu'il ait eu à écrire. Il ne cesse de s'en plaindre : « Il me semble, confie-t-il à Tourguéniev, que je vais m'embarquer pour un très grand voyage vers des régions inconnues et que je n'en reviendrai pas. » Ou encore : « Je suis exténué de fatigue. Bouvard et Pécuchet m'embêtent, et il est temps que je finisse ; sinon, je finirai moi-même. » Pourquoi tant de souffrances ? Il lui faut d'abord accomplir le long périple intellectuel que feront ses personnages. Avant même de rédiger, il dit avoir lu et annoté plus de 1 500 ouvrages et constitué un dossier de huit pouces d'épaisseur. La seconde difficulté réside dans la structure de la narration : comment éviter la monotonie, alors que ses héros ne font que répéter le même enchaînement qui les conduit de l'étude et de l'expérimentation à l'échec ? Comment rendre complètement anonyme un récit qui ne devrait être fait que de la juxtaposition de formules toutes faites ? Enfin, comment mettre en pleine lumière la bêtise des héros sans se fondre en eux : « Bouvard et Pécuchet m'emplissent  […]

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FLAUBERT GUSTAVE (1821-1880)

Écrit par :  Pierre-Marc de BIASI

Dans le chapitre "« Bouvard et Pécuchet » (1872-1875 et 1877-1880)"  : …  *Dès le 1er juillet 1872, Flaubert écrit à George Sand qu'après Saint Antoine il se mettra aussitôt à la rédaction d'un grand roman moderne, « qui aura la prétention d'être comique ». C'est, une fois de plus, une vieille idée, mûrie depuis 1841 au moins, et dont on retrouve la trace dans toute la carrière de l'auteur : écrire « … Lire la suite
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…  c'est Flaubert, dans les années 1880, qui dira l'immense déception du sublime. On trouve dans* Bouvard et Pécuchet ce passage impitoyable : « Ils abordèrent la question du sublime. Certains objets sont d'eux-mêmes sublimes, le fracas d'un torrent, des ténèbres profondes, un arbre battu par la tempête. Un caractère est beau quand il… Lire la suite

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