Poète russe, Pasternak subit l'influence du symbolisme avant de faire ses débuts sous la bannière du futurisme. Son lyrisme, fondé sur un sentiment de participation à l'élan créateur de la vie, le conduit, malgré une adhésion spontanée à la révolution, à résister à la domination de l'idéologie marxiste, puis à la contester dans un roman d'inspiration autobiographique, Le Docteur Jivago, dont la publication à l'étranger, suivie de l'attribution du prix Nobel en 1958, fit scandale en Union soviétique.
1. Du symbolisme à « Ma Sœur la vie »
Fils du peintre Léonide Pasternak, illustrateur de Tolstoï, professeur à l'École des beaux-arts de Moscou, et de Rosa Kaufmann, pianiste de talent, Boris Pasternak a passé son enfance dans un milieu imprégné de culture et d'art. Ses dons artistiques se sont révélés d'abord dans le domaine musical : séduit par l'œuvre et la personnalité de Scriabine, il a fait jusqu'à l'âge de dix-neuf ans de sérieuses études de composition. Mais, faute d'une vocation assez impérieuse, il renonce à la musique au moment d'entrer à l'université de Moscou. Il y commence des études de philosophie qui le mènent à Marbourg, où il suit pendant le semestre d'été 1912 les cours du néo-kantien Hermann Cohen.
Grand admirateur des symbolistes A. Blok et A. Biély, il adhère cependant, en 1913, au groupe futuriste Centrifuge, sous la marque duquel il publie son premier recueil, Un jumeau dans les nuées (Bliznec v tučakh, 1914). Le futurisme, qu'il défend dans les articles La Réaction de Wassermann (Vassermanova reakcija, 1914), et La Coupe noire (Čërnyj bokal, 1916), exprime à ses yeux un besoin de renouveler le langage poétique des symbolistes, dont il partage cependant l'idéalisme teinté de mysticisme. Ses premiers vers se distinguent par la richesse du vocabulaire, la nouveauté des rimes, la variété des rythmes, l'abondance des allitérations et une certaine outrance baroque des images. Les recherches d'expression dont ils témoignent s'apparentent à celles de Maïakovski, dont la pu […]
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