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BONIFACE VIII (1235-1303)

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4.  La bulle « Unam sanctam »

Parmi les nombreux documents émanés de Boniface, la bulle Unam sanctam, du 18 novembre 1302, mérite une très particulière attention, et sa rédaction même manifeste que, au-delà de la fièvre des circonstances, elle revêt la forme et la valeur d'une « constitution ». Elle se présente, en effet, comme un exposé doctrinal des principes qui règlent les rapports entre le pouvoir spirituel de l'Église et les pouvoirs temporels. Quant au fond, rien de neuf, par rapport aux textes promulgués depuis Grégoire VII. Ce qui lui vaut sa notoriété, c'est, avec l'ampleur de ses considérants, sa conclusion solennelle, selon la clausule officielle des énoncés dogmatiques : « Il est de nécessité de salut de croire que toute créature humaine est soumise au pontife romain : nous le déclarons, l'énonçons et le définissons. » 

Sous cette formule abrupte, c'est la logique de l'économie chrétienne qui, sans surprise ni nouveauté, est ainsi définie. Toute réalité humaine, personnelle ou collective, entre, pour le croyant, dans le processus de sanctification et de divination, et donc dans la communauté de grâce que l'Église constitue ; ainsi relève-t-elle de cette Église. Les États comme les hommes sont justiciables de leurs actes devant la conscience, devant Dieu, devant son Église et les organes majeurs de son autorité. Aucun domaine ne peut être mis à part ; il n'y a pas de justice politique hors la morale ; l'ordre politique est au service des hommes, dans le salut de Dieu comme dans la promotion du bien commun.

Ce qui fait de cette doctrine élémentaire un absolutisme théocratique, ce sont, plus encore que les circonstances, les considérants qui l'introduisent et prétendent la légitimer. Dans leur solennelle abondance, ils relèvent, eux, d'une élaboration théologique où l'autonomie des réalités terrestres, en particulier de l'ordre politique, est complètement niée. De fait, c'était alors, sauf chez un Jean de Paris, disciple de Thomas d'Aquin, sauf aussi bientôt dans le De monarchia de Dante, parfait contexte de cette problématique, la théologie courante, telle que l'enseignait le conseiller de Boniface, le cardinal Matthieu d'Aquasparta, un adversaire des « spirituels ». Elle est connue sous la dénomination d'augustinisme politique, à cause de ses références aux œuvres de saint Augustin. L'Église ne s'en dégagera pas avant Léon XIII, à la fin du xixe siècle.

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