2. Le pontife
La tumultueuse politique de Boniface ne doit pas faire oublier son gouvernement général de l'Église. Le retour à l'Évangile, opéré par les ordres mendiants depuis un siècle, avait discrédité la chrétienté féodale, mais n'avait point dégagé l'Église de ses pouvoirs constantiniens ; et d'Innocent III, l'ami de François d'Assise et de Dominique le Prêcheur, les successeurs avaient plus conservé le prestige, qu'ils n'avaient soutenu la réforme. La communauté du peuple chrétien était distendue par la scission entre les « institutionnalistes » et les « évangéliques », telle que la manifeste la lutte fraternelle qui, chez les Franciscains, divise les « conventuels » et les « spirituels ». Non point querelle subtile de frati, mais manifestation exaspérée du régime paradoxal d'une Église continuant dans les contingences de l'histoire le mystère d'un Dieu humblement incarné dans cette histoire. Le réveil évangélique qui travaillait les esprits, aussi bien dans le dolce stil nuovo que dans les sommes de théologie, mettait durement en question les structures et la spiritualité du régime féodal, dont le Saint Empire s'était emparé et que l'Église avait sacralisé comme l'ordre divin sur terre.
Boniface considérait cette sacralisation politique comme le test et le triomphe de l'Église. Par conviction et par tempérament, il s'acharna à en proclamer la vérité et à en poursuivre le succès. C'est, autant que chez les princes, dans le petit peuple de Dieu que se produisit la résistance. Dès le lendemain de son élection, Boniface annula la décision de son prédécesseur, qui avait favorisé la formation d'une branche religieuse fidèle à l'inspiration primitive de François d'Assise. Il déposa le ministre général des Frères mineurs, Raymond Godefroid, protecteur des « spirituels », ami du roi de France, protégé des Colonna, les rivaux romains de Boniface. S'ensuivirent les plus rocambolesques aventures, assaisonnées d'excommunications et d'intrigues politiques. Jacopone de Trodi (1230-1306), riche av […]
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