2. Le bonheur en acte
Est-il une autre voie ? Peut-être, et c'est ce que les philosophes appellent la sagesse. Mais comment la penser ? D'abord par opposition à ce qui précède. Si le divertissement est un bonheur manqué, la sagesse serait un bonheur réussi. Mais comment, si le désir est manque ? S'il n'était que cela, il n'y aurait pas d'issue, en effet, pas de bonheur, et le suicide sans doute – ou la religion – serait la meilleure solution. Mais aussi nous serions déjà morts, ou plutôt point encore nés (puisque le manque est une absence et qu'une absence n'est rien), et c'est en quoi la vie, même en le confirmant, reste une réfutation du pessimisme. « Tous les hommes recherchent d'être heureux, écrit bien Pascal, c'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu'à ceux qui vont se pendre » (Pensées, 425). Mais tous ne se pendent pas, et cela doit être pris aussi en considération. Quel est le motif de vivre ? La religion ? La peur de la mort ? Sans doute, mais cela ne suffit pas. Le bonheur ? Comment, s'il n'est jamais là ? Il faut donc qu'il y ait autre chose, quelque chose de réel, de positif, et qui nous pousse à vivre encore, et joyeusement parfois. C'est ce que chacun expérimente, et qu'on appelle le plaisir. Peut-on penser qu'il ne soit que l'absence de souffrance ? Platon lui-même s'y est refusé (Philèbe, 43-44), et il fit bien. Il faudrait autrement généraliser, pour en faire une philosophie, l'histoire du fou qui se tape sur la tête de grands coups de marteau et qui, quand on l'interroge, explique : « Cela fait tellement de bien quand on arrête ! » Nous ne sommes pas fous à ce point. Manger quand on a faim (et même, si la nourriture est bonne, quand on n'a pas faim), boire quand on a soif (et même, si la boisson est agréable, quand on n'a pas soif), faire l'amour (même sans amour), rire, se promener, écouter de la musique... Autant de plaisirs dont chacun peut goûter la pleine, la souveraine présence. Manquer ? De quoi, grands dieux, quand le plaisir est l […]
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