4. La gloire de Bo Juyi
Les « nouveaux yuefu » de Bo Juyi ne furent appréciés, de son propre aveu, que par un petit nombre d'amis, et ne suscitèrent, chez les grands, que l'étonnement ou la colère. Cependant, le poète connut de son vivant une gloire immense. Ce sont, à vrai dire, ceux de ses poèmes qu'il estimait le moins, les pièces de circonstance des troisième et quatrième groupes, écrites à l'occasion d'une rencontre, d'une séparation, d'une excursion, qui lui valurent cette célébrité. La simplicité de leur langue, une loquacité jusqu'alors inconnue dans la poésie chinoise, soucieuse avant tout de concentration, le pas donné à la narration extensive sur l'allusion, ces qualités imprévues leur assurèrent un succès quasi universel dans toutes les classes de la société, et jusque parmi les étrangers, Coréens et Japonais, qui s'empressèrent d'en acquérir des recueils. Plusieurs anecdotes du temps attestent la vogue des poésies de Bo Juyi, notamment des ballades, comme celles des Regrets éternels et du Pipa, ou des pièces qu'il échangeait avec Yuan Zhen, auquel il fut lié d'une amitié devenue légendaire. Si, par la suite, certains lettrés ont affecté de mépriser la « vulgarité » de Bo Juyi, il a cependant mérité de briguer, derrière Li Bo et Du Fu, le troisième rang parmi les poètes des Tang.
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