2. Le censeur et l'auteur satirique
Lorsque Bo eut été nommé censeur, il chercha, pour marquer sa reconnaissance, à faire le meilleur usage possible des deux cents feuilles de « papier censorial » qui lui étaient allouées chaque mois pour ses remontrances. Se réglant sur le modèle confucéen du bon conseiller – « les yeux et les oreilles » de l'empereur –, il s'appliqua à « sauver le monde », sans craindre les puissants : il combattit les ambitions des gouverneurs militaires ou des eunuques, qui mettaient la dynastie en péril, il dénonça la corruption, la dureté ou l'incurie de l'administration locale, il prit la défense de la paysannerie, proposa une réforme de la fiscalité et plaida la cause des opprimés. Sa voix fut souvent écoutée, mais il offensa de hauts dignitaires.
Non content de jouer ce rôle traditionnel, Bo lui donna un prolongement original dans son activité poétique. Il prétendit retrouver l'esprit des antiques chansons du Shi jing, dont la simplicité cachait de hautes leçons sociales ou politiques. La décadence de la poésie avait été enrayée, selon lui, par Chen Zi'ang et Du Fu, dont il salua l'inspiration généreuse. Mais il formula plus nettement qu'eux la tâche à accomplir. Dans une lettre à son ami Yuan Zhen, écrite en terre d'exil à la fin de 815, il exposa quelle avait été jusque-là sa doctrine et répartit son œuvre poétique en quatre groupes de textes (ce classement a été respecté jusqu'à nos jours). Dans le premier, celui des « poèmes didactiques » – fengyu shi – prenaient place cent soixante-dix pièces environ, les plus chères au cœur du poète réformateur. Le noyau en était constitué par cinquante « nouveaux yuefu », où revivait l'esprit satirique des chansons des Han, héritières directes du Shi jing. Ces chansons, pensait Bo, auraient dû voler de bouche en bouche, et si l'empereur, comme les anciens rois, s'était mis à l'écoute des refrains et des rumeurs, elles auraient fini par lui parler des souffrances du peuple.
Ces ballades, qu'elles concernent les horreurs de la guerre (Le Vieillard manchot de Xinfeng), la misère paysanne (En regardant la moisson) ou les drames de la condition féminine (La Concubine impériale aux cheveux blancs), n'ont pas la froideur des œuvres trop concertées. Plus encore qu'un théoricien, Bo était un homme sensible. Au spectacle des souffrances de son entourage, ce petit propriétaire, ce fonctionnaire aisé avouait ouvertement sa mauvaise conscience. Il finit peut-être par s'en accommoder. Pas avant, toutefois, d'avoir crânement combattu les abus et les maux qui le révoltaient.
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